Le Grand Meaulnes (GM2)

26 mar

DSCN2423Cet article fait suite à une vidéo (GM1) que vous trouverez ici : https://youtu.be/TxrCZdSEBiY

Pour poursuivre ma présentation du Grand Meaulnes, j’ai choisi de critiquer le résumé proposé par l’auteur (anonyme) de la fiche Wikipédia du roman, dont voici un extrait :

« Le narrateur, François Seurel, raconte l’histoire d’Augustin Meaulnes, un de ses anciens camarades de classe qui est devenu son ami.

François, 15 ans, et Augustin, 17 ans, sont tous les deux élèves au cours supérieur2 de Sainte-Agathe, un petit village du Haut-Berry inspiré d’Épineuil-le-Fleuriel, et, comme lui, situé par l’auteur dans le Cher, près de Vierzon. Lors d’une escapade, Augustin Meaulnes arrive par hasard dans un domaine mystérieux où se déroule une fête étrange, poétique et pleine d’enfants. Le château est bruissant de jeux, de danses et de mascarades, et plein d’enfants qui semblent y faire la loi. Meaulnes apprend que cette fête est donnée à l’occasion des noces de Frantz de Galais. Parmi les festivités, des promenades en barque sur un lac sont offertes aux convives ; Meaulnes y rencontre une jeune fille, Yvonne de Galais, la sœur de Frantz. Il en tombe instantanément amoureux, mais ne fait que la croiser plusieurs fois et n’a plus l’occasion de la revoir. Quant au mariage attendu, il n’a finalement pas lieu car la fiancée de Frantz, Valentine Blondeau, a disparu, refusant de devenir sa femme. Les membres de la fête se dispersent et Frantz, désespéré, disparaît en laissant à sa sœur un mot d’adieu. »

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Grand_Meaulnes

Je passe sur la première phrase (« Le narrateur, François Seurel, raconte l’histoire d’Augustin Meaulnes, un de ses anciens camarades de classe qui est devenu son ami. ») parce que j’en ai déjà parlé dans ma vidéo GM1 (https://youtu.be/TxrCZdSEBiY).

Le narrateur ne raconte pas seulement l’histoire d’Augustin, d’Yvonne, de Frantz et de Valentine. Ce n’est pas seulement un témoin qui reste en retrait. Il est impliqué dans l’histoire, c’est sa propre histoire qu’il raconte, histoire qui commence véritablement pour lui (tel qu’il l’interprète) quand Meaulnes surgit dans son quotidien paisible :

« Tout ce paysage paisible […] est à jamais dans ma mémoire, agité transformé par la présence de celui qui bouleversa toute notre adolescence et dont la fuite même ne nous a pas laissé de repos. » (première partie, chapitre 1)

Voyons la suite, le résumé de la première partie.

Je vais seulement m’arrêter sur une phrase :

« Lors d’une escapade, Augustin Meaulnes arrive par hasard dans un domaine mystérieux où se déroule une fête étrange, poétique et pleine d’enfants. »

Cette affirmation me paraît inexacte ou tout au moins incomplète.

Il faudrait écrire, me semble-t-il, que Meaulnes arrive par hasard dans un domaine qui lui apparaît comme mystérieux, où se déroule une fête qui lui apparaît comme étrange et poétique.

C’est une précision importante car, justement, alors que tout le récit est raconté du point de vue de François (narrateur principal), toute l’aventure de Meaulnes est racontée par Meaulnes lui-même.

Ce n’est pas que je soupçonne Meaulnes d’avoir embelli l’histoire pour impressionner ses camarades. Meaulnes (je parle de lui comme si c’était une personne réelle mais, bien entendu, je ne perds pas de vue que Meaulnes est un personnage, une fiction) est probablement sincère. Les circonstances ont fait que, lorsqu’il s’est réveillé, il a eu l’impression que ce qu’il vivait était un rêve. Le récit de la fête est fait du point de vue d’un garçon imaginatif, en quête d’absolu, qui recherche l’aventure (et l’amour) comme les chevaliers errants des romans de chevalerie. Il trouve donc dans le domaine où vivent Yvonne et Frantz la réalisation de son rêve, de sa quête. Ce qui augmente cette impression, c’est que ce domaine est éloigné et qu’il ne sait pas comment le retrouver. Ça donne encore plus de valeur à cette aventure, parce que quand une personne ou un lieu sont éloignés, il est plus facile de les idéaliser.

Voilà, j’ai écrit le mot important : le récit de la fête est un récit fait du point de vue d’un garçon qui idéalise son expérience, qui la perçoit (et la raconte) comme une aventure extraordinaire, comme une entrée dans un monde merveilleux, peuplé d’enfants. Il y a évidemment une base réelle qui est à l’origine de cette expérience. Mais, chez Meaulnes, le réel est perçu comme surnaturel, parce que son besoin d’héroïsme et d’aventure lui fait tout déformer.

Tout le cheminement de François, le narrateur, sera de comprendre cela, de découvrir la banalité du « domaine mystérieux », la fragilité de ce rêve auquel il a cru par amitié et admiration pour un garçon de deux ans son aîné, et qui le fascinait.

Il découvrira aussi que Meaulnes est capable de trahison et de lâcheté.

Il découvrira que Meaulnes n’est pas si « grand » qu’il l’avait cru.

Le roman est donc, comme je l’ai dit dans GM1, le récit d’une fascination dont peu à peu le narrateur finit par se déprendre, ce qui ne l’empêche pas de continuer d’aimer Meaulnes et de mesurer l’importance qu’il a eue dans sa vie. Il n’a pas pour personnage principal celui qui donne son titre au roman. Le personnage principal, c’est François, le narrateur. Et l’histoire qu’il raconte, profondément nostalgique, est le récit d’une déception, qu’il éprouve vis-à-vis de son héros, Augustin Meaulnes, nécessaire pour grandir.

 

 

 

 

 

 

 

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